Uvira, République démocratique du Congo – Sur les routes de la province du Sud-Kivu, en République démocratique du Congo, les rebelles se retirent de la ville stratégique qu’ils avaient prise la semaine dernière. Mais tous les habitants de la zone occupée ne semblent pas se réjouir de leur départ.

La récente flambée de violence dans l’est de la RDC a débuté il y a plus d’une semaine. Mardi dernier, des combattants du groupe rebelle M23, qui mène depuis des années une rébellion contre le gouvernement, ont pris d’assaut la ville stratégique d’Uvira, située à la frontière avec le Rwanda et le Burundi, et dernier véritable bastion de l’armée congolaise dans l’est du pays.

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Les combattants, que les Nations Unies et les États-Unis affirment être soutenus par le Rwanda, se sont livrés à de violents combats contre les soldats congolais et leurs milices alliées « Wazalendo », qui utilisaient Uvira comme base depuis que le M23 avait pris le contrôle d’autres capitales régionales au gouvernement plus tôt cette année.

L’offensive du M23 est survenue quelques jours seulement après la signature aux États-Unis d’un accord de paix régional entre le président congolais Félix Tshisekedi et le président rwandais Paul Kagame, et moins d’un mois après la signature au Qatar d’un accord distinct visant à mettre fin à des années de combats entre le M23 et le gouvernement de la RDC.

Mercredi dernier, le M23 avait repoussé l’armée et pris le contrôle d’Uvira.

Le lendemain, nous sommes arrivés en ville, première équipe de journalistes internationaux à s’y rendre depuis la prise de contrôle.


At least 9 killed, 10 wounded in shooting at South Africa tavern
At least 9 killed, 10 wounded in shooting at South Africa tavern

Sur la route, nous pouvions voir et sentir les preuves de la guerre : des cadavres jonchant le chemin, dont ceux de soldats et de civils ; des carcasses calcinées de véhicules militaires ; et des groupes de personnes déplacées qui marchaient.

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Alors que certains fuyaient, beaucoup de ceux à qui nous avons parlé revenaient d’Uvira vers les villes et villages qu’ils avaient fui lorsqu’ils avaient été attaqués au cours des dernières semaines, alors que le M23 progressait à travers les territoires en direction d’Uvira.

En nous rendant en ville, nous avons constaté les ravages causés par les récents combats. Partout autour de nous, les signes de la violence étaient visibles : des camions détruits, certains avec des corps de soldats calcinés à l’intérieur ; des maisons vidées ; et, dans les rues, des bombes non explosées.

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Lorsque nous sommes enfin arrivés à Uvira, la ville était calme, les routes désertes. Aucune voiture ne circulait dans les rues, tandis que les habitants flânaient devant leurs maisons, essayant d’apercevoir ce qui se passait.

Des membres de la Croix-Rouge, empruntant différentes avenues, ramassaient les corps. Ils ont déclaré qu’il était difficile de déterminer les causes des décès, mais des habitants ont confié à Al Jazeera que beaucoup avaient été tués dans les échanges de tirs et la confusion qui ont suivi la retraite de l’armée et des milices face à l’assaut du M23.

Le gouvernement a annoncé que plus de 400 personnes avaient été tuées dans les violences, un chiffre que nous n’avons pas été en mesure de vérifier de manière indépendante.

Des membres de la Croix-Rouge de la République démocratique du Congo (RDC) opèrent à l’entrée de la ville d’Uvira le 13 décembre 2025.
Des membres de la Croix-Rouge de la République démocratique du Congo (RDC) opèrent à l’entrée de la ville d’Uvira le 13 décembre 2025 [AFP]
Peur contre soulagement
Dans les jours qui ont suivi la prise de contrôle par le M23, un sentiment de peur était palpable à Uvira. Certains habitants s’inquiétaient des conséquences de la présence des rebelles pour la ville.

Lorsque le groupe a pris le contrôle de Goma, capitale de la province voisine du Nord-Kivu, en janvier, puis de Bukavu, capitale du Sud-Kivu, en février, les entreprises ont souffert. Les fonctionnaires et autres employés du secteur public se sont retrouvés dans l’incapacité de travailler.

À Goma, par exemple, où je suis basée comme journaliste depuis quatre ans, aucune banque n’a fonctionné depuis la prise de contrôle par M23.

Mais au milieu de ces craintes, certains habitants semblent soulagés. Nombre d’entre eux nous ont confié avoir eu de la chance que la ville ait échappé à une violente confrontation entre le M23 et l’armée congolaise et ses milices, qui auraient pu assiéger et bombarder Uvira pendant des semaines.

Samedi, alors que le contrôle de la ville par le M23 se consolidait, les habitants sont sortis de chez eux. Lundi, ceux qui le pouvaient ont repris le travail, les commerces ont rouvert et la vie quotidienne a repris son cours.

Bien que les habitants que nous avons interrogés soient conscients des discussions politiques en cours à Kinshasa, beaucoup sont davantage préoccupés par les difficultés quotidiennes à survivre sans la menace de violence. Certains ont confié que leur vie paisible avait été bouleversée moins par les rebelles que par l’armée congolaise et ses milices, qui ont commencé à se masser dans la région cette année pour s’en servir de base arrière dans leurs opérations contre le M23.

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